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Disparition de Simone Veil

Il existe des jours d'une grande tristesse, de ces jours où vous vous sentez seule et orpheline de ces hommes et de ces femmes qui disparaissent alors que vous les croyiez immortels.

Simone VeilSimone Veil faisait parti de mon parcours, elle avait depuis l'âge de mes 10 ans, nourri mon engagement : ma grand mère me parlait d'elle, ma mère, mes tantes, toutes ces femmes qui je le crois, avaient souhaité peut être mener le combat de Mme Veil ; à la maison j'ai beaucoup entendu parler d'elle, je l'ai écoutée lors de ses débats et j'ai même fait signer une pétition pour elle ce qui m'a valu une belle gifle de mon père, médecin de village.... qui fut le premier à prescrire la pilule et proposer l'avortement .. mais j'étais trop jeune m'a t'il dit plus tard pour s'éxcuser...

Elles avaient des amies qui avaient tenté d'avorter, ou l'avaient -elles tenté elles mêmes ; le secret de cet acte, réprimé par la loi composait deux genres de femmes en France avant 1974 : celles qui avaient les moyens de passer la frontière et celles qui n'avaient pas les moyens sauf de rencontrer "une faiseuse d'ange" qui vous acceuillait sur sa table de salle à manger avec persil, vinaigre, aiguilles à tricoter ou porte manteaux...

Combien de femmes, de jeunes femmes sont décédées de "ces faiseuses d'ange", mi démons aussi car on pouvait mourir ou être stérile à vie.... une vie de honte, une vie que l'on ne dominait pas, qui vous empéchait d'aimer librement, où les hommes quelques fois étaient aux abonnés absents, où des familles obligeaient un mariage rapide pour cacher la honte d'une grossesse, où l'enfant naissait prématurément officiellement !!!!

Combien de couple "ayant fautés" se sont mariés, sans forcément beaucoup d'amour ? Juste parce qu 'ils s'étaient aimés un soir ....

Nathalie LanziSimone Veil, j'ai eu la chance de la renconter avec 40 élèves de Terminale : nous étions à Gap, des filles et des garçons ravis de découvrir Paris ; je me souviens de notre arrivée à l'auberge de jeunesse, pour nous changer car pour voir Mme Veil, Lucien Neuwirth et Jean Lacouture, nous devions être bien habillés, qui plus est, pour les rencontrer au Sénat ....

7 heures à échanger avec eux 3 : des échanges d'une rare intensité, Lucien Neuwirth nous a expliqué son combat pour permettre aux femmes l'accès à la pilule, lui, l'élu de St-Etienne qui recevait des milliers de femmes qui avaient besoin de changer d'appartement, les grossesses rythmant leur vie de femmes tous les 9 mois. Lui qui courageusement est allé demander au Président de la République de légiférer sur cette pilule, à lui le Président du droit de vote des femmes : il fallait aider les femmes à être libres de leur maternité sans heurter les lobbies catholiques, en expliquant que les femmes continueraient d'avoir des enfants, quand elles le voudraient : être libre de sa maternité ...

Simone Veil, dans la continuité de lucien, a décidé de se positionner comme magistrate, femme de loi : les femmes devaient être égales face à l'avortement : combien sont décédees de cet acte ? Voila son combat, sa vision : permettre aux femmes d'avoir un égal accès à l'avortement : quel combat, quel courage, quel volonté ; quelle fierté d'avoir combattu des heures face à une assemblée composée à 98% d'hommes, Assemblée conservatrice et qui finalement adopte ce projet de loi.

Cette femme, au delà de la magistrate, est une femme qui a courageusement été une des rares rescapées des camp comme Ida Grinspan que nous connaissons ici en Deux Sèvres.

Enfin une femme politique, européenne avant tout, une femme de combat pour la liberté, la citoyenneté et l'égalité.

Merci Madame, nous allons tenter modestement de continuer la veille, de conserver à jamais dans nos mémoires vos combats et surtout de transmettre sans relâche votre combat pour nous les femmes.