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Et maintenant, on fait quoi ?

Plusieurs semaines se sont écoulées depuis les dernières élections présidentielles et législatives, c’est à présent le temps du constat, de l’analyse et de la remise en question.

 Parti SocialisteAlbert Camus disait que « Mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde », les résultats électoraux sont sans appel pour la gauche et le Parti Socialiste. Incontestable. Un véritable séisme que peu d’observateurs politiques avaient prédit.

C’est un véritable « ras-le-bol » que les françaises et les français ont exprimé dans les urnes. 

La division des socialistes pendant le quinquennat en est l’une des causes majeures. Le résultat de cette division s’explique notamment par des questions non tranchées bien avant la campagne de 2012. Nous ne pouvons pas réécrire l’histoire mais apprendre de nos errances.

Une nouvelle génération entre à l’Assemblée Nationale. Les électeurs ont fait un choix, souvent cruel, au détriment de bon nombre de députés de grande qualité, ancrés sur leur territoire et qui n’ont pas démérité.

Dès 1978 ( ! ), le philosophe et sociologue Jean Baudrillard, nous alertait sur une dérive qui a fortement influencé notre dernier rendez-vous démocratique : « Le seul référent qui fonctionne encore c’est celui de la majorité silencieuse. Tous les systèmes actuels fonctionnent sur cette entité nébuleuse, sur cette substance flottante dont l’existence n’est plus sociale, mais statistique, et dont le seul mode d’apparition est celui du sondage. Simulacre à l’horizon du social, ou plutôt : derrière lequel déjà le social a disparu. Que la majorité silencieuse, ou les masses, soient un référent imaginaire ne veut pas dire qu’elles n’existent pas, mais qu’il n’en est plus de représentation possible. Les masses, contrairement au peuple ne sont plus un référent parce qu’elles ne sont plus de l’ordre de la représentation. Elles ne s’expriment pas, on les sonde. Elles ne réfléchissent pas, on les teste. Le référendum (et les médias sont un référendum perpétuel de questions-réponses dirigées) s’est substitué au référent politique. Or, sondages, tests, référendum, médias sont des dispositifs qui ne relèvent plus d’une dimension représentative, mais simulative. Ils ne visent plus un référent, mais un modèle. La révolution ici est totale, avec les dispositifs de la socialité classique (dont font partie l’élection, les institutions, les instances de représentation, et même de répression) où du sens social passe encore d’un pôle à l’autre, dans une structure dialectique qui laisse place à un enjeu politique et aux contradictions. »

Le risque d’avoir des députés « hors-sol » est réel. Nous ferons un premier bilan dans quelque temps.

Il est à présent fondamental que le Parti Socialiste retrouve son centre de gravité, sorte de son immobilisme, se renouvelle véritablement.

Ma famille politique se doit de redevenir un « laboratoire d’idées » où se font entendre les intellectuels et les chercheurs de notre époque.

Comment ne pas entendre l’analyse saisissante du géographe Christophe Guilluy sur le grand événement des trente dernières années : « La disparition de la classe moyenne », et de la « lutte des classes invisibles et inconsciente » ?

Je reste convaincue que le socialisme  n’est pas mort. Il suffit de réentendre la sentence de Victor Hugo au Congrès de la Paix en 1869 pour s’en convaincre : « Le socialisme est vaste et non étroit. Il s’adresse à tout le problème humain. Il embrasse la conception sociale tout entière. En même temps qu’il pose l’importante question du travail et du salaire, il proclame l’inviolabilité de la vie humaine […]. Le socialisme affirme la vie, la république affirme le droit. L’un élève l’individu à la dignité d’homme, l’autre élève l’homme à la dignité de citoyen. »

Une page importante se tourne mais l’histoire n’est pas terminée.
Damien Thomas et Nathalie Lanzi