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Germain Rallon (1896-1945)

Germain Rallon (1896-1945) : enseigner, écrire, s'engager

Nathalie LanziNé à La Coudrelle, hameau (on disait village) de la commune d'Aubigny, Germain Rallon n'a quitté le Pays Thénezéen, au Nord-Est de la Gâtine deux-sévrienne, que pendant la Première Guerre mondiale. Issu d'une famille très modeste, sa mère est « marchande » (en fait elle vend du pétrole et du savon), son père, Stanislas dit Stan, avait été domestique (ouvrier agricole ), il est taupier, guérisseur, vendeur de tissus.

Ce sont deux instituteurs qui vont décider de sa vie professionnelle : celui d'Aubigny d'abord, Alexandre Naud, qui le remarque, puis celui de Gourgé, Isaël Ganne, qui fait tout pour le destiner à devenir instituteur. La guerre l'empêche d'entrer à l'Ecole normale de Parthenay qui a vu passer Ernest Pérochon, qu'il a peut-être rencontré, Edmond Proust, socialiste, franc-maçon, résistant (comme Germain) et fondateur de la MAIF, Roger Thabaud auteur d'un toujours remarquable travail sur Mazières-en-Gâtine. Mobilisé en 1915, combattant sur le Front, à l'Est, il est fait prisonnier à Verdun en 1916 et reste en captivité à Ingolstadt, en Allemagne, jusqu'à la fin du conflit. Plus tard il racontera son expérience de guerre dans Le Pote (1938), qui mérite toujours d'être lu et que l'on peut inclure sans problème dans les bons romans écrits sur ce conflit.

Il devient intituteur remplaçant, principalement dans des communes de Gâtine, rencontre sa femme, Marcelle, elle-même institutrice, avec laquelle ils auront une fille, Germaine … qui deviendra aussi maîtresse d'école. En 1926 il est nommé, avec son épouse, à Thénezay où il va rester, et devenir directeur de l'Ecole. Son métier joue un rôle très important dans sa vie. Loin d'être toujours facile avec les élèves, il a une obsession : que tous obtiennent le certificat d'études. Germain est un pur produit de la méritocratie républicaine de l'époque et on comprend sa volonté de voir réussir ses élèves.

Ces mênes élèves qui le voient parfois écrire pendant les cours. Il est l'auteur de trois romans dont les deux premiers le sont à compte d'auteur : Le Pote, donc, Deux Larmes (1940) et La Vache et le Veau qu'il rédige pendant la Seconde Guerre mondiale et dont on a retrouvé le tapuscrit. On lui doit aussi des nouvelles mais l'on ne dispose que de titres et de résumés. Présenté par Jean Rogissart, réfugié en 1940 - et lui-même instituteur, écrivain et socialiste- à Charles Braibant qui est un intellectuel et un écrivain reconnu, il a la grande chance de voir Deux Larmes publié en 1941 par Gallimard sous le titre de L'Ouche aux brebis (le titre et la fin avaient été changés).

Mais Germain Rallon est aussi un militant de la SFIO, il appartient également à la Ligue des Droits de l'Homme et à la Franc-Maçonnerie. A partir de 1936, il écrit de nombreux articles dans Le Travail, le journal départemental de la SFIO que son ami Georges Picard - enseignant à Parthenay, historien et aussi écrivain - dirige ainsi que la section deux-sévrienne de la SFIO. Il s'en prend souvent à la droite locale … ce qui ne lui vaudra pas que des amis.

Radié de l'enseignement en 1941, du fait de son appartenance à la Franc-Maçonnerie et donc à cause de la loi contre les sociétés secrètes (qui visait la Franc-Maçonnerie) du Gouvernement de Vichy, il reste à Thénezay avec sa femme qui avait demandé sa retraite. Il ne se contente pas d'être un simple observateur des événements mais participe aussi à des actions de la Résitance. Il décède d'un infarctus en 1945.

Forte personnalité au caractère entier, l'engagement de Germain Rallon se lit aussi dans ses ouvrages où il se montre toujours attentif aux « gens de peu », à ceux dont on ne parle pas, qu'il dépeint si bien dans le contexte de ce monde rural d'où il vient et où il est immergé, et qu'il voit évoluer. Bon vivant, amateur de chasse et de pêche, il n'oublie jamais la nature et ce Pays Thénezéen où il a chosi de vivre. Le tragique dans ses livres, aux amours impossibles, suggère aussi un autre aspect de sa personnalité.

Pour aller plus loin : oublié après son décès, sinon dans le monde des intituteurs du département, il renaît dans les années 1980 notamment grâce à Didier Coupeau, l'Ecole de Thénezay porte son nom, L'Ouche aux brebis est réédité, un spectacle mêlant sa vie et le roman est joué à Thénezay. Ces dernières années ses trois romans ont été édités et sont disponibles aux éditions Marivole. Une association des Amis de Germain Rallon a été créé, elle est domiciliée à la mairie de Thénezay. Cette association est à l'origine de plusieurs initiatives et de l'ouvrage, sous la direction de Marc Rallon qui est le président de l'association, paru cette année, Sur les pas de Germain Rallon dans le Nord de la Gâtine, au coeur des Deux-Sèvres qui combine un travail sur lui, dans le contexte de son époque, et une recherche sur ce Pays Thénezéen qui lui tenait tant à coeur et qui mérite bien d'être défendu.

Frédéric Dumerchat