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Hommage à Ida Grinspan

Nathalie LanziIda nous a quittés le lundi 25 septembre. Nous sommes encore tous et toutes sous le choc de son départ car, il y a encore quelques mois, elle prenait la parole au Moulin du Roc à Niort, devant plus de 800 élèves, collégiens et lycéens.

Depuis plus de 30 ans elle témoignait inlassablement auprès des jeunes, des enseignant-es , d'un public nombreux et ce, dans toute la France.

Sans pathos, sans état d'âme, elle racontait les faits : son arrivée en 1940 dans les Deux Sèvres, sa vie d'adolescente à Sompt chez sa nourrice Alice , sa vie insouciante, son école qu'elle aimait tant…

Et puis, son arrestation par trois gendarmes un soir de janvier 1944, des gendarmes qui cherchent son père, qui l'arrêtent et l'interrogent ensuite à Melle avant de l'envoyer à Niort pour un départ imminent.

Drancy, le voyage de l'enfer dans les wagon sans hygiène où la solidarité s'installe, où elle essaye de trouver un minimum de confort en se disant qu'après ce ne pourra être pire. Sa valise avec les provisions pour sa maman qu'elle espère retrouver…

La descente du train, dans la neige, la sélection qui se fait vite car ce matin-là il n y a pas assez d'allemands pour compter….

Enfin, elle suit des jeunes filles plutôt que le couple de personnes âgées qui pourtant l'ont choyée pendant le voyage, elle la jeune fille de 14 ans.

Elle évite le pire, l’indicible : les chambres à gaz auxquelles elle ne croit pas. « Comment penser que des hommes puissent faire cela à d'autres hommes ? » disait-elle.

Elle n'avait pas de carte d'identité, mais une coiffure que sa maman avait suggérée lors de leur dernière entrevue : une sorte de coque en guise de frange « qui faisait moins gamine, plus âgée ». Les Allemands l’ont également pensé et elle a pu entrer dans le camp d’Auschwitz alors qu’elle aurait dû être sélectionnée. Ida disait inlassablement que sa mère lui avait ainsi donné la vie deux fois.

A propos du camps, elle parle des conditions de vie insupportables, de la solidarité entre femmes, de travaux douloureux et pénibles, du froid, de l'absence d'hygiène, de la violence des kapos, des autres détenues, du typhus, de ce quotidien où il faut tenir, tenir, tenir.

Puis il y a les marches de la mort. À l 'entendre, on se demande comment ses corps souffrants peuvent encore marcher, avancer avec la neige, le froid, la peur d'être fusillés. Puis, c’est l'abandon, enfin, dans une infirmerie avant l'arrivée des alliés.

Plus qu'un cours d'histoire, ce témoignage sur l’horreur des camps et le génocide programmé était transmis afin que l'Histoire ne se répète pas.

Comment une jeune fille est passée de la liberté et de l’insouciance à l'enfer de 1944 à 1945 ?

Ida, c'était la voix gouailleuse parisienne, le franc parler, la capacité de tout dire, sans tabou, sans crainte ; c'est l'attention qu'elle portait aux jeunes, l'amitié qu'elle portait aux enseignants, l'amour et la gourmandise de la vie !

Elle nous manque déjà mais nous sommes là pour prendre le relais car tous ceux qui l'ont écoutée doivent, demain, porter et rapporter sa parole. La Mémoire c'est ça : transmettre.